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Sonate d’hiver

« Il va geler cette nuit… » constate Paul en entrant sa voiture dans le garage.

Pedro et Chantal ont tout perdu avec l’arrivée de l’eau, grotesque et inattendue. Un véritable tsunami qui a tout englouti sur son passage. Le toit de leur maison les a sauvés avant que les sauveteurs n’arrivent. Leur erreur ? Habiter au bord de la rivière. Autrefois paisible, elle est devenue insoumise, violente, mortifère.

Simon se retrouve dans la rue après que le propriétaire de l’appartement qu’il louait a perdu patience. Simon, lui, depuis qu’il a perdu son job, doit trois mois de loyer. Le propriétaire, un homme de bien, aurait pu attendre davantage, mais lui aussi avait besoin d’argent. Lui-même a été renvoyé de l’entreprise quand l’« Intelligence artificielle » a pris son poste. Pas de compétition, pas de chance.

Adana n’a pas obtenu le statut de réfugiée et risque l’expulsion. Elle passe une nuit à la gare, une autre chez une connaissance, mais le plus souvent, c’est dans une voiture abandonnée, dans un cul-de-sac où errent les chats sans-abri. Cette voiture est aussi abîmée qu’elle. Aucune réparation n’est envisageable.

« Il va geler cette nuit… » dit Sophie en tendant à son fils son pyjama en flanelle.

Pedro et Chantal attendent l’aide de l’État, qui ne vient pas. On leur dit de patienter. Ils n’aiment pas faire de bruit. Ils respectent la loi et croient encore qu’on va les prendre en charge. En attendant, on les loge dans un foyer. Mais il y a trop de monde là-bas, trop de bruit. Ils n’y sont pas à l’aise et préfèrent camper devant ce qu’il reste de leur maison. Vingt ans de vie, enfouis sous des débris mêlés à la boue.

Simon vend sa montre, achète trois bouteilles de vodka et des sandwichs. Il se saoule, buvant à petites gorgées toute la journée. Il s’assied devant la porte de la banque, rêve qu’il est devenu riche, un client VIP. L’agent de sécurité lui demande de partir, mais il lui répond qu’il n’a nulle part où aller. L’agent lui dit alors de reculer de quelques mètres pour ne pas être trop visible.

Adana trouve un peu de chaleur dans les bras d’un vieux salaud qui lui offre une chambre pour la nuit dans un hôtel 2 étoiles, en échange de services sexuels. Elle profite de la douche et tente de laver son dégoût. Le matin, Adana retourne

dans la voiture abandonnée où elle se sent en sécurité. Ce qui est difficile à supporter, c’est le froid, et ce vide qu’elle n’arrive pas à meubler.

« Il va geler cette nuit… » se dit Christine en sortant son duvet de l’armoire.

Pedro convainc Chantal de rentrer au foyer pour « les sans-abris ». Il lui promet que le lendemain, il ira à la commune réclamer l’aide. Ils ont assez attendu. Ils se consolent mutuellement. Il faudra recommencer à zéro, mais ils ne perdent pas l’espoir. Ils regardent les gens passer, se couvrant de la tête aux pieds, mais leur moral reste nu.

Simon, complètement ivre, se sent heureux. Il n’attend plus rien. Il n’a pas besoin d’un miracle. Après tout, s’il meurt, ce serait pour le mieux, pense-t-il. Cela ne fait pas de mal, et la vie… la vie est douloureuse. Il en a assez d’être jugé inutile, même s’il pense lui-même être un poids.

Adana pense que son histoire est un échec. Venir en Europe, c’était un rêve truqué. Chaque jour, l’espoir se rétrécit comme une peau de chagrin. Sa famille et ses amis lui manquent. Elle se débat contre le froid de l’hiver, un hiver qu’elle ne connaissait pas. Le regard des gens est aussi froid. Aucune empathie. Chacun pour soi.

« Il va geler cette nuit… » dit Jean à sa femme en allumant le feu dans la cheminée du chalet.

Le sapin de Noël installé au centre de la grande place attire les passants avec sa myriade de lumières colorées. Quelques mètres plus loin, deux corps sans vie gisent dans l’obscurité…

Il a gelé cette nuit !!!

 

Bruxelles, 22 decembre 2024

« Le jagüey et autres récits », des nouvelles ancrées dans la réalité

Le jagüey, c’est un arbre étrange, vénéré par les uns (en Inde) et symbole du péché pour les autres (à Cuba). Pour l’auteur, c’est un symbole de la globalisation qui constitue une sorte de fil d’Ariane reliant, aux quatre coins de la terre, des personnes aux prises avec les problèmes qui caractérisent notre époque. Dans « Le jagüey et autres récits », chacune des 20 nouvelles – qui se distinguent par leur originalité et leur ouverture sur le monde – nous propose une fiction littéraire profondément ancrée dans la réalité de la vie contemporaine.

Et si on parlait de Nazar ?

Nazar est un ensemble de dix-neuf nouvelles qui reflètent les problèmes de la société actuelle et qui nous interpellent sur les menaces de la globalisation. Dans ce monde en pleine mutation, les frontières sont de plus en plus floues entre vérité et illusion, entre bien et mal, amour et consommation, victime et bourreau. Nazar, mot emprunté à la langue turque, c’est un talisman qui protège les hommes du mal, surtout de la jalousie, et les protège aussi d’eux-mêmes. Nazar, titre d’une nouvelle où s’entrecroisent les destins dramatiques de migrants, apparaît comme un message universel porteur d’espoir et de lendemains meilleurs.

Merapi et autres nouvelles

Son dernier livre Merapi contient seize nouvelles qui nous plongent au cœur de l’actualité sociopolitique. Les héros, des gens ordinaires, se voient confrontés dans leur quête du bonheur à des choix et des situations inattendues. Des histoires de rêves, de passions, de traumatismes, de tensions poussées à l’extrême qui nous font entrevoir une part de vérité sur les valeurs de notre société et sur nous-mêmes. Style enlevé, action rapide, humour et ironie emmènent le lecteur d’un seul trait jusqu’à la fin, l’invitant ensuite à une réflexion plus approfondie.

Merapi, c’est le nom d’un volcan indonésien dont les éruptions ont causé des centaines des morts dans la population locale. Dans le même temps, il a contribué à améliorer les conditions de vie des survivants en fertilisant les terres. Certains indigènes considèrent Merapi comme un dieu et d’autres comme une malédiction.